Aller au contenu
Abacus Corporation

Pénurie de dentistes dans les petites villes : le désert qui s'étend

La France manque-t-elle vraiment de dentistes ? Le vrai problème n'est pas leur nombre, mais leur concentration dans les métropoles. Découvrez les solutions mises en place pour les petites villes… et leurs limites.

Pénurie de dentistes dans les petites villes : le désert qui s'étend

Pénurie de dentistes dans les petites villes : les solutions existantes et leurs limites

Le nombre de chirurgiens-dentistes en activité en France reste globalement stable depuis plusieurs années. Pourtant, la répartition de ces professionnels sur le territoire se dégrade. Ce n'est donc pas tant le volume global de praticiens qui pose problème que leur concentration dans certaines zones, généralement les métropoles et le littoral, au détriment des villes moyennes et des territoires ruraux.

Cette situation crée des difficultés d'accès aux soins dentaires pour une partie de la population, mais elle a aussi fait émerger une série de dispositifs et de pratiques destinés à y répondre. Ces options ne se valent pas et ne s'appliquent pas partout de la même manière.

Les dispositifs incitatifs à l'installation

Plusieurs mécanismes visent à rendre l'installation en zone sous-dotée plus attractive pour les jeunes diplômés. Les collectivités locales peuvent proposer des aides financières, une prise en charge du local professionnel ou des loyers réduits. Certaines intercommunalités vont jusqu'à financer une partie du matériel, dont le coût d'acquisition est élevé pour un cabinet dentaire.

Ces dispositifs fonctionnent sur le principe du volontariat. Ils ne contraignent pas les praticiens à s'installer dans un territoire donné, et leur efficacité dépend fortement de l'attractivité globale de la zone : présence d'un conjoint qui peut y trouver un emploi, accès aux services, éloignement des centres de formation. Une aide financière seule ne suffit généralement pas à compenser un environnement jugé peu favorable.

Le dispositif le plus connu repose sur un zonage administratif : les zones les plus touchées par le manque de praticiens sont classées comme prioritaires, ce qui ouvre droit à des avantages fiscaux ou à des majorations d'honoraires. Ce classement est révisé périodiquement, ce qui peut créer de l'incertitude pour les praticiens qui s'appuient sur ces dispositifs pour s'installer.

Les centres de santé et l'exercice salarié

Une autre réponse consiste à développer des structures où le dentiste n'est pas installé à son compte, mais salarié. Les centres de santé dentaires, portés par des collectivités, des mutuelles ou des associations, proposent ce modèle. Le praticien y exerce sans supporter les charges liées à la gestion d'un cabinet : investissement matériel, secrétariat, comptabilité.

Ce modèle présente un intérêt particulier dans les territoires où l'installation libérale ne trouve pas preneur. Il permet aussi de pratiquer des tarifs encadrés, ce qui facilite l'accès pour des patients qui renoncent parfois aux soins pour des raisons financières. En contrepartie, ces structures dépendent de financements publics ou mutualistes, et leur implantation reste inégale selon les régions.

Le développement de ces centres ne fait pas consensus dans la profession. Une partie des représentants de la profession dentaire y voit une concurrence exercée dans des conditions différentes de celles du cabinet libéral, notamment sur le plan fiscal et social. À consulter également : www.pourlamourdelafrance.fr.

Le recours à la téléconsultation et aux soins différés

La téléconsultation s'est développée dans plusieurs disciplines, y compris pour certains actes bucco-dentaires. Elle permet à un patient éloigné d'obtenir un premier avis, un diagnostic ou un suivi post-opératoire sans se déplacer. Son apport reste toutefois limité : la majorité des soins dentaires, notamment les caries, les extractions ou les prothèses, nécessitent un examen clinique et une intervention en présentiel.

Dans les zones les plus touchées, une partie de la population se tourne vers des solutions de contournement. Certains patients parcourent plusieurs dizaines de kilomètres pour consulter, d'autres retardent des soins non urgents, ou se rendent aux urgences hospitalières pour des douleurs dentaires. Ce report vers les services d'urgence, qui ne sont pas conçus pour traiter les soins dentaires courants, constitue une conséquence indirecte de la pénurie.

Des expérimentations existent aussi du côté de la formation : ouverture de stages en zone rurale pour les étudiants, création de cabinets partagés entre plusieurs praticiens, ou conventions entre facultés et collectivités. Ces pistes visent à familiariser les futurs diplômés avec des territoires qu'ils connaissent peu, dans l'idée qu'une partie d'entre eux choisira ensuite de s'y installer.

Aucune de ces réponses ne constitue à elle seule une solution complète. Chacune agit sur un levier différent — attractivité financière, organisation de l'exercice, ou adaptation des pratiques — et leur efficacité dépend largement du contexte local, des moyens engagés et de la durée pendant laquelle ces dispositifs sont maintenus.

Romain Lefèvre

Romain Lefèvre

Romain Lefèvre accompagne les organisations dans l'optimisation de leurs logiciels de gestion intégrée et l'automatisation de leurs processus comptables. Fort d'une solide expérience en analyse financière, il met son expertise au service des entreprises souhaitant gagner en efficacité et en clarté décisionnelle. Son approche allie rigueur technique et compréhension concrète des enjeux opérationnels.

Voir tous les articles →

Articles similaires